Sophrologie

Découvrir le projet “Intégrer la sophrologie dans la classe”

François Fabiani, à l’origine du projet Intégrer la sophrologie dans la classe”  intervient auprès des élèves de la cité scolaire Sembat–Seguin à Vénissieux. Il était important pour ce professeur  d’inscrire son expérimentation, sur la sophrologie, dans un cadre voué aux pratiques innovantes et d’être suivi par la CARDIE.

François, comment a débuté  votre projet à la cité scolaire  Sembat-Seguin  de Vénissieux ? Pourquoi la sophrologie dans les classes ?

Je suis arrivé en milieu d’année scolaire 2016/2017. Depuis quelques mois, madame Dussurget, infirmière et sophrologue elle-même, avait eu l’idée d’intervenir dans quelques classes de terminale pour aider les élèves à mieux gérer le stress lié à l’échéance du bac. J’ai proposé d’étendre ce projet en 2017/2018 et l’idée a été validée par madame Bernard, la Proviseure.

Dès le mois de juin 2017, le rectorat a donné son aval et en septembre une déclaration d’intention a été envoyée à la CARDIE pour présenter ce projet. Celui-ci a ensuite été retenu par la commission d’expertise.

Pourquoi cette idée ? Parce que c’est un outil adaptable pour un public “captif” tel que les élèves dans une classe (ce ne serait pas le cas avec de la méditation ou du yoga, par exemple).Le fait que nous vivions une époque très anxiogène augmente les situations de stress en général et la sophrologie expérimentée en classe permet  de lutter contre le stress en milieu scolaire .

Vous dites que la sophrologie permet de faire une « pause » : pouvez-vous nous expliquer davantage l’objectif de cette « pause » et son déroulement ?

Je n’apprends rien à personne si je dis que notre mode de vie obéit à un tempo de plus en plus rapide, pour user d’un terme musical. Tout va si vite qu’un nombre croissant de personnes connaît une pression qui ne se relâche pas. Certaines la gèrent bien, d’autres pas.

Même si l’idée de consacrer trois heures par jour à la méditation séduisait tout le monde, il est évident que personne ne trouverait le temps nécessaire pour s’y adonner. Donc peu à peu, de nouveaux leviers d’action ont permis de “condenser” les pratiques.

Alfonso Caycedo (fondateur de la sophrologie) a toujours insisté sur le fait que nous avons besoin de nous poser, de revenir à nous-mêmes, de nous recentrer. Idéalement au moins une fois par jour. On prend bien une douche pour laver son corps, pourquoi ne pas faire de même avec l’encrassement intérieur dû au stress et aux émotions non gérées ? Comme notre vie trépidante nous laisse peu de temps libre, l’idée est d’inventer des pratiques avec, si j’ose la formule, un rapport qualité/prix optimal. Ce n’est certes pas le grand luxe en termes d’efficacité et d’approfondissement, mais voici du moins une vraie trousse de secours avec un investissement temporel minimal.

C’est dans ce sens que je travaille auprès du public scolaire. J’ai réalisé un sondage auprès de deux cents élèves afin de recueillir les mots qu’ils associent le plus à l’idée de bien-être en milieu scolaire. Le trio gagnant est le suivant : détente, camarades et… pause. Je précise que ce mot revient aussi bien chez ceux qui ont pratiqué la sophrologie que chez ceux ayant répondu avant la mise en place des séances.

Vous pratiquez la sophro-pédagogie et la sophrologie différenciée, pouvez-vous nous expliquer le bien être spécifique apporté aux élèves ou aux étudiants ?

D’une manière générale, l’expression sophro-pédagogie renvoie à tout ce que la sophrologie va pouvoir apporter de positif dans le domaine de l’éducation (moins de stress, meilleure concentration, travail sur la mémoire, sociabilité, réduction des tensions corporelles, motivation, projection vers le futur…). Je viens pour ma part d’inventer la sophrologie différenciée, à laquelle je consacre un livre qui n’est pas encore publié, car j’achève de l’écrire en ce moment même.

Il n’y a pas de bien-être spécifique, il y a le bien-être tout court, que tout être humain peut connaître sur l’instant, au détour d’une pause, justement, ou d’une mise à distance du négatif qui nous pollue.

La sophrologie différenciée est un outil adapté au public scolaire, dont je rappelle qu’il est “captif”. Trente-cinq élèves de première ne demandent pas à faire de la sophrologie ! Spontanément, vous en aurez environ un tiers curieux d’essayer et n’affichant pas de l’indifférence ou de l’hostilité. Les autres élèves auront des a priori plutôt négatifs du fait des conditions matérielles de la classe (promiscuité, chaises inconfortables, pollution sonore) ou parce qu’ils ne connaissent pas et montreront des résistances psychologiques . La sophrologie différenciée repose sur le même paradigme que la pédagogie du même nom. Le professeur essaie de faire un cours pour tous, d’intéresser tout le monde, de ne laisser personne de côté.

Ce qui rend ma méthode plus spécifique, est qu’elle puise dans le principe d’alliance, fondement de la sophrologie. Tous ensemble, chacun prenant ce qu’il désire ou croit pouvoir faire, autorisons-nous quelques respirations conscientes, une vraie détente musculaire, un peu de visualisation positive… Ou juste un moment de flottement, d’observation, voire de lecture, pour ceux qui ne veulent pas (encore ?) rentrer dans le cercle.

Avez-vous des mots-clefs qui permettent de mieux définir la sophrologie différenciée ?

J’en ai cinq.

D’abord, le sens. Un élève n’apprend pas, ou apprend mal, ce qui ne fait pas sens à ses yeux. Il faut donc lui montrer les bénéfices d’une telle pratique.

En deuxième, je place la bienveillance, telle que me l’inspire la psychologie humaniste de Carl Rogers, cette relation d’aide dont mon outil est une déclinaison spécifique mais fidèle. Puisque les enseignants ne disent pas assez « nous », je veux en troisième lieu souligner l’utilité de l’alliance : un élève, surtout s’il est en difficulté, a besoin de se voir rappeler de manière concrète par son professeur qu’ils sont aussi des alliés (je m’empresse d’ajouter que cela n’interdit en rien le rapport d’autorité).

Je place ensuite la conscience, qui est ce sur quoi repose l’étymologie du mot sophrologie. Prendre conscience des choses, c’est sortir de la spirale de la passivité et de l’incompréhension.

Enfin, il y a l’idée de résonance, ce qui me fait dire dans mon livre que certains professeurs, occupés à bien raisonner, ne se soucient pas assez de résonner auprès de leurs élèves. Quels sont les maîtres dont nous nous souvenons encore, vingt ou trente ans après avoir quitté le lycée ? Ceux qui ont résonné en nous.

Comment pratiquez-vous ?  Comment se déroulent vos séances ?

En une dizaine de minutes, parfois moins à cause des retards, il faut pouvoir proposer quelque chose, l’expliquer un peu si nécessaire, et passer très vite à la pratique, qui reprend essentiellement les points cités à l’instant : respiration abdominale, détente du corps, visualisations, activation de pensées positives, exercices de concentration vécus sur un mode ludique. Parfois, un petit moment d’expression libre pour qui veut nous dire ce qu’il ou elle a ressenti… Tout cela dans le respect, l’écoute – et on y arrive !

Et quels échos votre projet a-t-il trouvé auprès des élèves et des professeurs ?

Les professeurs intéressés ont ouvert leurs portes. Ils n’ont pas été majoritaires mais leur nombre a été suffisant pour permettre à toutes les classes ou presque d’être concernées par ce projet. Je ne sais pas, à l’instant où je vous réponds, ce qu’il en sera à la rentrée prochaine. Je pense que l’article du Progrès de Lyon du 29 mars 2018 et le reportage de France 3 ont contribué à rendre notre action plus visible dans l’établissement.

Quant aux élèves, ils apprécient les séances dans leur ensemble. Un sondage de fin d’année indique que 60% d’entre eux jugent l’action plutôt positive ou très positive, les 40 % restants exprimant pour la plupart une sorte de flou et disant que ça leur servira sans doute davantage dans le futur. Seuls 10% des sondés déclarent que la sophrologie ne les intéresse vraiment pas.

François, pensez-vous que votre innovation puisse être mutualisée ou essaimée dans d’autres établissements ?

C’est souhaitable. J’ai postulé à la DAFOP pour être formateur en sophrologie différenciée. Dans le passé, je suis déjà intervenu dans plusieurs établissements de la région parisienne pour proposer des modules de gestion du stress dans certaines classes ou des ateliers sur le même sujet, ouverts aux enseignants, mais aussi aux élèves ainsi qu’aux familles. Je suis tout disposé à poursuivre en ce sens, même si je suis pour l’instant rattaché à une Cité Scolaire.

Mais un professeur non sophrologue peut il aider ses élèves à pratiquer la sophrologie ?

Avec la sophrologie différenciée, cela devient possible. Certes, il faut de la motivation et un minimum de confiance en soi devant le groupe-classe, dont on sait qu’il peut générer de la méfiance, voire de la peur. Mais, ne serait-ce que dans le primaire, de nombreux professeurs des écoles pratiquent déjà des techniques de relaxation pour les plus jeunes. Au collège, les profs d’EPS et de musique sont tout désignés pour travailler sur la gestion de la respiration et l’intégration harmonieuse du schéma corporel. Pas besoin d’être un sophrologue diplômé pour articuler un peu de bienveillance autour des outils que j’ai conçus. Ils sont accessibles à tous.

Vous pouvez retrouver le reportage du journal télé de France 3 consacré au projet de François : La sophrologie au lycée pour lutter contre le stress des examens

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Propos recueillis par Marianne Crémillieu, chargée de mission à la CARDIE