La classe des Grands Loups d’Illiat : envie d’apprendre, plaisir d’enseigner

Mots clés : plans de travail, coopération, autonomie, multi-niveaux, climat scolaire positif

Valérie Courtial enseigne depuis 6 ans à l’école d’Illiat, village du département de l’Ain. Il s’agit de la classe des Grands Loups, une classe à cours multiples (CE2, CM1, CM2). L’enseignante a progressivement organisé sa classe pour qu’elle fonctionne comme un collectif apprenant, où chaque élève est responsable de ses apprentissages et concourt aux apprentissages de tous. Elle soutient les apprentissages à partir d’un enseignement explicite et un climat scolaire positif. Elle s’est pour cela appuyée sur les travaux de pédagogues, et en particulier ceux de Célestin Freinet et de Sylvain Connac sur les pédagogies coopératives.

En savoir plus sur les classes coopératives d’après Sylvain Connac 

Dans une approche systémique cette organisation est fondée sur 4 piliers (expression libre, tâtonnement, coopération, personnalisation) pour permettre à chaque élève :

  • de s’approprier les objectifs de son année, de son cycle et de définir son travail et ses activités pour une période donnée,
  • de choisir les moyens de les atteindre,
  • de participer à l’organisation de la classe,

Si Valérie Courtial souligne que le suivi des élèves pendant 2 ou 3 ans est un facilitateur de leur appropriation de cette organisation, elle démontre que le nombre d’élèves (classe à 25) et le cours multiple ne sont pas des obstacles, bien au contraire, le multi âge est une richesse et un levier pour entreprendre une telle démarche d’enseignement.

S’approprier les objectifs de son année, de son cycle et définir son travail et programmer son activité

Un porte folio adapté à partir de l’outil pidapi permet aux élèves de prendre connaissance en début d’année des compétences à acquérir en mathématiques et en maîtrise de la langue, et à tout instant de se situer précisément sur les paliers franchis et ceux restant à franchir. L’élève obtient des « ceintures » de couleurs correspondant à un niveau de maîtrise d’un ensemble de compétences identifiées dans un domaine donné.

En savoir plus sur l’outil pidapi

Un entretien individuel avec l’enseignante par quinzaine lui permet de faire un bilan régulier de ses progressions et difficultés et l’aide à définir de nouveaux objectifs pour la période à venir.

 

Cette approche par compétence permet à l’élève de prendre conscience en le vivant que tendre vers un objectif c’est faire des erreurs, des efforts, et avoir le droit de recommencer jusqu’à réussir.

L’organisation des apprentissages est soutenue par d’autres dispositifs qui ont tous pour visée de rendre les élèves soient « auteurs de leur pensée ». Il s’agit par exemple de l’atelier philosophique, qui permet de conduire une réflexion sur le sens de sa présence à l’école.

 

Choisir les moyens d’atteindre les objectifs visés

Les élèves choisissent et planifient les activités à conduire, les outils et les supports à utiliser, les référents à mobiliser (élèves, enseignante ou autre) en fonction des objectifs visés. Leur travail est structuré par quinzaine par une fiche « Plan de travail » établie avec la maîtresse. En fin de quinzaine leur auto-évaluation est complétée par l’évaluation de l’enseignante et discutée au cours de l’entretien individuel.

Plan de travail vierge et complété 

Télécharger le plan de travail vierge en .pdf

Sur un même temps de classe chacun s’affaire à son travail à partir des outils choisis et des objectifs visés

Les élèves ont à disposition un matériel divers (pâte à modeler, volumes, ficelle, …) pour manipuler, essayer, chercher, s’exercer. Ils sont ainsi encouragés à mobiliser toutes les formes d’intelligences sans leur imposer une façon d’apprendre (en référence aux travaux de Bruno Hourst).

 

En début de leçon de géographie, les élèves ont pour consignes de revoir la séance précédente sur la localisation et l’âge des massifs en France. Deux élèves choisissent de le faire debout en mimant. L’élève interrogé localise les massifs et indique s’il s’agit d’un massif jeune ou ancien. L’introduction d’un langage des signes propre à la classe a été initié pour faciliter l’inclusion d’une élève dysphasique qui avait choisi cette forme de langage pour communiquer. Il est aujourd’hui un moyen de communication courant au sein de la classe.

 

Coopérer à l’organisation de sa classe

Pour gagner en autonomie et en coopération il est important pour les élèves de connaître clairement ce qui est intangible (défini par la loi de la classe) et les domaines où il peut être force de proposition. Les élèves peuvent proposer des améliorations, remettre en questions des fonctionnements, questionner le groupe classe et l’enseignant sur des habitudes et décider ensemble au cours du conseil de classe.

Les articles de la loi de la classe (d’après la loi de la classe de Sylvain Connac)

L’autonomie des élèves et le lâcher prise de l’enseignante

Une telle organisation de la classe implique un changement important de posture chez l’enseignante. Tout en conservant pleinement ses responsabilités pour garantir la sécurité morale, physique et les apprentissages, elle laisse la place aux initiatives, aux propositions des élèves. Ils sont ainsi appelés à devenir maître d’œuvre de leurs apprentissages.

Il est 8h25, la classe est ouverte depuis 5mn. Les élèves s’organisent en toute autonomie

Le cahier journal de l’enseignante est à disposition des élèves, structuré à l’image de leur plan de travail il est pour eux « le plan de travail de la maîtresse », un outil au service du travail commun. Les élèves l’utilisent ici pour préparer au tableau les étiquettes du jour.

 

La bannette orange, posée sur la table collective, est l’espace privé de la maîtresse.

 

En conclusion, l’envie d’apprendre et le plaisir d’enseigner sont au rendez-vous chez les Grands Loups

L’envie et le plaisir de venir à l’école pour les élèves et l’enseignante est tangible au quotidien. Il arrive souvent que l’annonce de la récréation déclenche des protestations générales car les élèves veulent terminer ce qu’ils font, ou qu’ils veulent plus de temps pour travailler.  L’enseignante n’a plus l’impression de tirer toute une classe vers des objectifs de programmes mais utilise son énergie pour faciliter les apprentissages de chacun dans son travail et ses projets.

Ce plaisir dépasse le cadre ordinaire de l’école en débordant sur les vacances et les années d’après. Pendant les grandes vacances, quelques élèves viennent ranger, nettoyer et réaménager la classe avec la maîtresse. Ils savent que si la voiture est sur le parking, ils peuvent venir aider. Ce qu’ils font volontiers, la deuxième semaine de juillet 2017, 6 élèves se sont activés dans la classe.

Tous les ans, les anciens Grands Loups reviennent le troisième vendredi soir du mois de septembre pour le goûter des anciens. C’est l’occasion d’échanger des nouvelles et de voir les changements. Ils viennent de plus en plus nombreux chaque année.

Paroles d’Antoine, 16 ans : « Madame, si vous continuez encore les goûters des anciens, à 30 ans, je viendrais encore ! »

 

Cette démarche  est le fruit de partages, de lecture, de rencontres, de formations vécues avec l’OCCE de l’Ain,les conseillers pédagogiques des circonscriptions de Bourg3, Jassans et la Dombes, l’équipe de Pidapi, le Groupe Ecole Moderne de l’Ain. Cette organisation est vivante et évolue. Les témoignages vidéo sont des réalisations des élèves avec l’aide du CDP Tice.
Valérie Courtial est  intéressée pour échanger avec d’autres enseignants sur ses pratiques : Valerie.Courtial@ac-lyon.fr

 

Références 

  • Sylvain Connac, 2009. Apprendre avec les pédagogies coopératives. Démarches et outils pour l’école. ESF éditeur
  • Bruno Hourst & Véronique Garas, 2009. Guide pour enseigner autrement : selon la théorie des intelligences multiples d’Howard Gardner Cycle 3. Retz